Le symbole Woerth

[EDITO+] [/EDITO+] DANIEL MURAZ

Courrier Picard du 30/07/2010

Après Liliane Bettencourt entendue dans son hôtel particulier de Neuilly, c'est dans son ministère du Travail qu'Éric Woerth a reçu les enquêteurs de la brigade financière. On notera que Claire Thibaut, l'ex-comptable de la milliardaire n'a pas bénéficié d'une telle délicatesse… Mais cette différence de traitement ne scandalise même plus dans cette histoire où tout est hallucinant, des déchirements familiaux aux sommes que s'échangent les protagonistes, en passant par la publication dans la presse des PV d'audition ou des enregistrements clandestins du majordome de l'héritière de L'Oréal… Jusqu'à la ministre de l'Intérieur qui en vient - dans le Monde de ce vendredi - à légitimer les « fuites médiatiques » pour défendre l'indépendance du procureur de Nanterre. Dans ce contexte, l'audition d'un ministre par la police - qui, à défaut d'être inédite, n'est quand même pas banale - ne semble être qu'un épiphénomène de plus. L'audition d'Éric Woerth a été sans surprise. Il a nié fermement toute infraction à la loi et récusé tous les soupçons dont il est l'objet. D'ailleurs, ce sont moins des informations nouvelles qui sont attendues des enquêtes préliminaires menées par le procureur Courroye que le fait de savoir si ces dernières s'achèveront par un non-lieu qui, forcément, sera interprété comme une marque d'allégeance du magistrat à l'égard du gouvernement. Quant à Éric Woerth, quelle que soit l'issue des procédures judiciaires en cours, son image en restera tachée et son prestige ministériel terni. Il est désormais le symbole - ou le bouc émissaire - de la consanguinité dévoilée - et de quelle manière - entre le pouvoir et le monde de l'argent. Qu'un conflit d'intérêts vienne à être démontré ou non, c'est le fait qu'il n'ait semblé voir aucun problème à cette proximité qui est déjà une faute.